25/05/2012
La construction paille consolide ses fondations en région Centre
Première région céréalière de France et d’Europe, la
région Centre est une véritable opportunité pour les partisans des
constructions qui intègrent la paille en tant qu’isolant. Elle se veut
d’ailleurs la région pilote. Il existe déjà une centaine de projets
aboutis ou en cours, et le conseil régional confirme, par la voix de ses
vice-présidents, Marie-Madeleine Mialot et Gilles Deguet, sa volonté de
soutenir la structuration de la filière. Le réseau s’emploie à réaliser
cette structuration. Un site internet va être ouvert en juillet. Une
bonne centaine de personnes son présentes ce vendredi 25 mai à la
première journée des rencontres de la construction paille qui se
tiennent à l'école d'ingénieurs Polytech Orléans.
Près de 8
millions de tonnes de céréales sont cultivées en région Centre par an.
La paille représente environ 42% de ce volume, et l’on considère qu’il
faut en moyenne environ 2 tonnes de paille pour contribuer à l’isolation
d’une maison. Il y a donc de la ressource pour plusieurs centaines de
constructions par an.
Les aides conditionnelles de la Région Centre font émerger des projets d’éco-construction
"Il y a un enjeu économique sur le
territoire", met en avant Marie-Madeleine Mialot. "Il vous appartient
de le développer et il nous appartient de vous aider". Désormais, les
aides de la Région Centre aux entreprises artisanales sont conditionnées
à des projets d’éco-construction. Du coup, "nous voyons arriver
davantage de dossiers d’éco-construction", rapporte l’élue régionale,
députée d’Eure-et-Loir. Et la Région soutient la structuration de la
filière. Elle est pilote dans ce domaine.
Gilles Deguet rappelle pour sa part qu’un des enjeux majeurs c’est celui de la limitation des gaz à effet de serre,
auquel concourent l’isolation des bâtiments et les économies d’énergie.
Il attire l’attention sur le fait qu’il faut s’intéresser à l’énergie grise,
c’est-à-dire à l’utilisation de matériaux dont la production a
nécessité le moins d’énergie possible, et pas seulement au degré de
performance énergétique d’un bâtiment. De plus, les maisons à base de
paille sont des puits de carbone, et leur fin de vie ne pose pas de
problème.
Les atouts ne manquent pas, et "la construction paille est une construction très technique, qui a bien sa place au 21e
siècle, mais à condition qu’il y ait une approche filière", poursuit
Gilles Deguet. D’autant qu’il peut y avoir d’énormes opportunités dans
la rénovation.
La paille offre des performances
supérieures aux normes de la RT 2020, assure Dashnor Hoxha,professeur
des universités à Polytech Orléans, et directeur du projet de recherche
PROMETHE. Avis corroboré par
Luc Foissac, administrateur du Réseau français de la construction
paille : "On sait faire du bâtiment passif avec de la paille, et on est
déjà prêts pour la RT 2020".
Polytech : des formations et des laboratoires de recherche en phase avec le développement durable
La formation fait partie de la
structuration de la filière. Et Christophe Léger, directeur de l’école
d’ingénieurs Polytech Orléans, qui accueille la 14e édition
des Rencontres de la construction paille du 25 au 27 mai, en profite
pour attirer l’attention sur deux spécialités directement en relation
avec le sujet.
Polytech Orléans propose une
spécialité Génie civil, avec une option « construction durable », et une
spécialité Intelligence du bâtiment, qui a ouvert à Châteauroux en
septembre 2011.
Cette école d’ingénieurs d’Orléans
est également impliquée dans trois laboratoires de recherche : le
PRISME, le CRMD (matière divisée) et l’ISTO (Institut des sciences de la
Terre), "qui conjuguent des compétences sur la caractérisation
multi-échelles des matériaux naturels, et leurs comportements".
Il faut ajouter le rôle des collectivités comme la ville d’Orléans, qui encourage aussi l’éco-construction et l’utilisation de matériaux à énergie grise, explique Christophe Mannier, conseiller municipal. Par exemple, les combles de l’école Olympia Cormier ont été isolés avec du chanvre et de la laine de bois.
Le bâtiment PassiLab au lycée Gaudier-Brzeska de Saint-Jean-de-Braye,est une véritable référence. Enfin, Orléans organise ses Journées du développement durable, du 1er au 5 juin.
De fait, "’On
n’en est plus au stade expérimental ou embryonnaire", souligne Gilles
Deguet. Une centaine de constructions, c’est déjà significatif. Des
témoignages permettent de prendre conscience de la pertinence et de la
performance des montages et des projets, diversifiés, tant pour des
bâtiments publics, des logements sociaux, des projets destinés à
recevoir du public, que pour des maisons de particuliers...
TEMOIGNAGES
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| Architecte et charpentier : une association gagnante |

Corentin Desmichelle, architecte à Chartres, et Cyril Natali, charpentier à La Fontenelle (Loir-et-Cher),
ont commencé un développer une complémentarité efficace depuis qu’ils
ont réalisé leur première construction ensemble en 2008.
Ils sont associés sur
un chantier qui se termine dans quelques semaines, celui de la mairie
du Poislay (Loir-et-Cher), dont la toiture « froide » (horizontale) et
les murs sont isolés avec de la paille. Ils présentent d’autres
réalisations ou projets : un show room des énergies renouvelables, pour
la SARL JPF ; un bâtiment de stockage pour un maraîcher en agriculture
biologique à La Riche (Indre-et-Loire) ; un bâtiment pour un autre
maraîcher bio, à Montlouis (Indre-et-Loire) ; et un projet de crèche
« passive » pour la communauté de communes du Perche (Loir-et-Cher),
dont les murs et la toiture seront isolés avec de la paille. »La paille
commence à être demandée dans les marchés publics », ce qui est un
atout.
Les murs-paille préfabriqués en atelier
Mais le témoignage est
intéressant concernant l’organisation : les murs isolés en paille,
généralement dans une ossature bois, sont préfabriqués chez Cyril
Natali. Le gabarit permet de construire des murs jusqu’à 4m de hauteur.
Il faut une bonne demi-heure pour réaliser 1 m² avec la paille
compressée. Cette méthode permet de limiter les coûts tout en
sécurisant la fabrication. Les fenêtres sont même montées aussi en
atelier, « ce qui garantit une parfaite étanchéité à l’air », certifie
Cyril Natali.
Le bottelage de la
paille est effectué aussi chez le charpentier (environ 16.000 bottes
par an) ainsi que le compressage des ballots. »on a beaucoup investi ;
on peut envoyer des murs dans toute la France. Ce qui coûte le plus
cher, c’est de charger et de décharger ». Un regret : c’est qu’ils ne
puissent pas utiliser de bois français, mais du bois étuvé
lamellé-collé provenant des pays nordiques.
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| Des projets au bénéfice de l’insertion |
Tahar Cheref, architecte de l’agence Movista, à Tours, et Vincent Lenoble, responsable technique de Castel-Renaudais-Insertion,
une entreprise d’insertion de 35 salariés, apportent la démonstration
qu’ "il est possible de construire des logements sociaux pour pas cher,
et peu consommateurs en énergie".
Deux exemples : une construction réalisée à
Château-Renault, après qu’ils ont remporté un appel à projets régional
doté de 120.000 euros. Il a fallu trouver d’autres partenaires pour
compléter le montage financier. Au final, l’habitation occupée par un
salarié de l’entreprise d’insertion, a été rétrocédée gratuitement à la
mairie qui prend en charge une grande partie des frais de
fonctionnement.
D’autre part, une
maison relais est en cours de construction à Vineuil (Loir-et-Cher)
pour le compte de l’association In Medio afin d’héberger des jeunes en
insertion. Les murs-paille seront réalisés selon la technique
« canadienne » Greb, chère à Jean-Baptiste Thévard,
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Le Réseau ouvre un site Internet en juillet
Originaire de
Touraine, Philippe Liboureau (à gauche) est fondateur et directeur du
Réseau français de la construction paille ; l’Orléanais Jean-Baptiste
Thévard, qui a créé l’association Approche Paille, l’a rejoint comme
vice-président, en vue de structurer la filière, avec Julie Walton,
chargée de mission.
Julie Walton, chargée de mission
pour le Réseau français de la construction paille, rappelle que la
Région Centre est la région pilote. Un site Internet est en cours de
préparation. Il doit être mis en service en juillet, et va être testé à
l’échelle de la région Centre avant d’être dupliqué dans les autres
régions françaises.
L’association Alter Energies, de Joué-les-Tours, a mené une enquête auprès d’une soixantaine d’acteurs de la filière, notamment sur les modalités de contractualisation. Ce travail constitue les prémices de la structuration de la filière.
Patrice Dézallé.
Les Rencontres de la construction paille continuent samedi et dimanche : www.puissance2d.fr/Construction-paille-rencontres
Un démonstrateur de la construction paille en région Centre prévu à Graçay (Cher)
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Le Centre des Grands Moulins,
à Graçay, dans le Cher, a pour vocation la découverte et la
valorisation du développement durable depuis son ouverture en 2006.
"Après y avoir réalisé un espace
pédagogique sur les énergies renouvelables, une maquette au dixième sur
l’éco-construction, et une exposition interactive sur les énergies, il
semble tout naturel, dans la mesure où il n’existe pas encore de projet
similaire en cours, d’y mettre aussi en valeur la paille en tant que
matériau associé à la construction et mieux faire connaître son
intérêt", explique Guy Janvrot.
Cette mise en valeur va être
proposée sous la forme d’un démonstrateur de la construction paille en
région Centre, s’articulant autour de six modules successifs installés
en série et couverts.
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Une souscription lancée pour acheter la Maison Feuillette, à Montargis
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La Maison Feuillette à Montargis, présentée comme "la plus ancienne maison en bottes de paille connue en Europe", est à vendre.
Le Réseau français de la
construction paille fait tout son possible pour "mettre la main" d’une
façon ou d’une autre sur cette construction emblématique bâtie en 1921,
et estimée à environ 250.000 euros.
C’est pourquoi "une souscription mondiale" est lancée auprès du public pour permettre de la sauvegarder.
Sur les 1.500 m² de terrain, il est
dans ce cas prévu de construire des bâtiments neufs isolés... avec de la
paille, évidemment, évoque Philippe Liboureau, directeur du Réseau.
Avis aux amateurs.
Souscription possible sur le site www.maisonfeuillette.fr
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